Les villages lacustres de Genève (Suisse, 2022)
Il y a 5000 ans, les hommes ont construit des villages en bois sur les bords de lacs alpins. Ces villages « palafittiques » ont fini par tous être abandonnés, leurs vestiges rapidement recouverts par les sédiments déposés par l’élévation du niveau de l’eau. Isolés de l’air, le bois et le mobilier de ces villages sont restés intacts, représentant des sources inouïes d’information sur la façon dont vivaient nos très lointains ancêtres. Mais aujourd’hui, certains sites archéologiques pourraient être menacés par les effets conjoints de l’érosion naturelle et des activités humaines.
Qui pourrait imaginer qu’à quelques mètres de profondeur, devant les rues bondées de Genève, les restes de plusieurs villages du Néolithique (-6000 à -2200 avant J-C) et de l’âge du bronze (-2200 à -800 avant J-C) reposent intacts depuis près de 5000 ans pour les plus anciens ? Ces villages « palafittiques » ont été érigés par les premiers cultivateurs d’Europe centrale. Les sédiments des eaux des lacs alpins ont rapidement recouverts les villages après leur abandon. Les vestiges ont ainsi été protégés de l’air et des organismes qui auraient pu les dégrader ou les faire disparaître. Aujourd’hui, du bois, des tissus, de la nourriture, des outils en pierre ou en bronze sont encore remarquablement conservés dans ces véritables capsules temporelles que sont nos lacs.
Aucun autre endroit de la planète n’offre une vision aussi explicite de l’évolution des communautés villageoises du Néolithique et de l’âge du bronze. Les vestiges de ces habitats sont notre principale source de renseignements sur les sociétés agraires de la Préhistoire en Europe.
Des villages palafittiques ont été répertoriés par des experts dans les lacs de l’ensemble des pays bordant la chaîne des Alpes, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Slovénie, en Italie ainsi qu’en France. Les 111 villages les plus importants et les mieux préservés ont été classés par l’UNESCO au Patrimoine Mondial en 2011, comme un objet unique à protéger à tout prix. Ce classement implique qu’il revient à chacun des six pays de mettre en place des outils permettant de mesurer dans le temps l’évolution de la couche de protection qui repose sur chacun d’entre eux. Sur la base de ces données, les archéologues doivent prendre toutes les mesures nécessaires de protection pour les futures générations.
C’est dans ce cadre que le département cantonal d’archéologie du canton de Genève a fait appel à la Fondation Octopus en 2021. Avec son expertise technique marine et lacustre, l’équipe d’Octopus va accompagner les archéologues genevois pour faire d’abord un état des lieux général des six villages lacustres du canton (dont trois sont classés à l’UNESCO), en réalisant une documentation actualisée pour chacun d’entre eux. L’objectif est de pouvoir finalement mettre en place les mesures nécessaires pour la surveillance de la couche de sédiments dans les années à venir.
Après les fouilles en 2019 et 2020 des trois épaves découvertes dans le lac de Neuchâtel, l’équipe de la Fondation s’apprête à replonger dans les eaux des lacs suisses. En juillet 2021, l’archéologue cantonal du canton de Genève, Nathan Badoud, a fait appel à la Fondation Octopus pour documenter un état des lieux précis des différents sites, et installer les outils permettant un monitoring sur le moyen et le long terme. L’objectif est d’enregistrer des données qui permettront de savoir si la couche de sédimentation protégeant les villages est stabilisée ou si celle-ci s’amenuise au point qu’il faudrait déployer dans l’eau des protections supplémentaires, ceci afin de conserver l’intégrité des vestiges archéologiques.
Pour se faire, l’équipe de la Fondation Octopus va réunir et mettre à disposition des archéologues son équipe opérationnelle ainsi que l’ensemble de ses moyens de navigation, de plongée, d’imageries aérienne et sous-marine pour mener une première mission de terrain au printemps 2022. Le éléments enregistrés lors de cette campagne devraient permettre de poser les bases de surveillance des sites lacustres genevois qui sera mené dans les années à venir.
Pour cette mission de terrain, l’équipe de la Fondation Octopus va réunir un certain nombre de ses outils marins pour les mettre au service du service archéologique genevois :
Drones aériens
L’utilisation de drones aériens est particulièrement utile à la détection d’objets sous-marins quand ils se trouvent à faible profondeur et dans une eau claire
En volant à plusieurs dizaines de mètres d’altitude, le pilote est capable de visualiser en direct et cartographier certaines zones en jouant sur les contrastes des photos. Le drone peut ainsi scanner certaines zones qui devront être ensuite étudiées par les archéologues en plongée.
Pour ce projet, l’utilisation de plusieurs drones avec des optiques différentes va aider les archéologues à récolter de précieuses données sur ces villages lacustres.
Drone sous-marin
L’utilisation du Trident d’OpenRov nous sert à :
– prévisualiser une zone avant d’y envoyer une équipe de plongeurs
– permettre aux archéologues non-plongeurs de suivre les plongeurs, et d’étudier certains objets d’intérêt
– capturer des images en profondeur, dans des zones difficilement accessibles aux plongeurs

Modélisation 3D
Pour certains sites, l’équipe de la Fondation Octopus procèdera à une acquisition photographique pour réaliser un modèle 3D. Une fois cette acquisition effectuée, l’équipe procèdera au traitement informatique des données pour obtenir un modèle 3D comme celui-ci de Versoix.
En cliquant sur le sigle au centre de la fenêtre, une fois le modèle chargé, vous pouvez faire tourner la zone en cliquant au centre et en déplaçant le curseur. Vous pouvez aussi zoomer et déplacer le modèle dans l’espace en maintenant la touche majuscule enfoncée.
De façon simple et gratuite, la Fondation Octopus montre ainsi qu’il est possible d’immerger des gens sans aucune notion de plongée dans les profondeurs et de leur permettre de déambuler dans le fond de l’eau sans risquer d’endommager des vestiges.
Photogrammétries
La photogrammétrie est un plan très haute définition, projection verticale du modèle 3D. Ce plan est un outil indispensable pour planifier des plongées avec intervention sur un site ou de potentielles fouilles dans le fond de l’eau.
Ci-dessus, le plan orthophotographique du site palafitte de Corsier (classé à l’UNESCO), réalisé grâce à une couverture photo aérienne avec notre drone, sur laquelle a été ajoutée une bathymétrie précise réalisée avec notre sonar portable.
Que ce soit pour les scientifiques, le public ou les passionnés de plongée, ces modèles numériques sont des outils de visualisation efficaces.
Du modèle 3D numérique, élément simple de visualisation, le programme informatique permet d’extraire un outil qui, lui, est scientifique : l’orthophotoplan. Par une projection verticale de l’ensemble du relief sur un plan horizontal, cette carte d’une précision centimétrique respecte toutes les dimensions au sol. Alors que le temps de plongée est limité par l’air contenu dans une bouteille, il devient maintenant possible de « sortir » la zone de travail du fond de l’eau pour pourvoir l’étudier attentivement à terre.
Fin 2021, le Département d’archéologie du canton de Genève en partenariat avec la Fondation Octopus ont décidé de lancer une campagne introductive de monitoring des sites palafittes situés dans les eaux genevoises du lac Léman.
Cette campagne a eu lieu entre les 14 et 23 mars 2022, réunissant une équipe de 10 personnes réparties sur deux bateaux, permettant la prise de mesures, une documentation générale et la mise en place de repères de monitoring des trois sites palafittes classés par l’UNESCO (Versoix, Corsier, Collonge-Bellerive), ainsi que de trois sites supplémentaires (Anières, La Belotte, Pâquis) d’importance pour l’archéologie genevoise.
Les objectifs scientifiques qui étaient de documenter la situation actuelle (2022) des stations lacustres listées en début de mission ont pu être réalisés. De même, l’autre objectif, qui était de placer et positionner précisément des repères dans l’eau pour un futur monitoring régulier, a pu être lui-aussi mené à bien.
Il est à remarquer la très forte présence des moules invasives Quagga (originaire de Mer Noire) sur l’ensemble des sites genevois. Leur présence ne se limite pas que aux objets durs comme la pierre ou le bois, mais les mollusques s’étalent aussi en tapis de plusieurs centimètres d’épaisseur sur des substrats meubles comme le sable ou la craie lacustre. Il semblerait que les eaux genevoises soient particulièrement impactées.
La seconde remarque concerne les corps morts, constitués d’un bloc de béton (dont le poids est en général proportionnel au poids du bateau amarré), une chaine et une bouée en surface. Il a été clairement documenté lors de cette mission que la chaine de ces amarrages entrainait, par des mouvement circulaires autour du bloc de béton, une dégradation du fond lacustre par effet de creusement. Cet dégradation pourrait s’avérer d’autant plus problématique dans les zones archéologiques comme le site de la Belotte.
































