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Le phoque moine est l’une des trois espèces emblématiques de Méditerranée, avec le mérou et le thon rouge. Il y a moins de cent ans, d’importantes colonies peuplaient encore l’intégralité du bassin méditerranéen, de l’Espagne à Israël, et du Nord de l’Italie à la Libye.

Iconographie zoologique du phoca monachus, circa 1700 © Amsterdam UniversityLe phoque moine de Méditerranée, de son nom latin Monachus monachus, est aujourd’hui l’un des mammifères marins les plus menacés de la planète, selon les plus récents rapports de l’UICN (l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

Nombreuses sont les raisons qui ont mené à cette dramatique situation. Durant l’antiquité, leur abondance a fait la joie et la fortune des producteurs d’huile et de cuir de phoque. Devenus nuisibles au 20e siècle (ils endommagent les filets de pêche remplis de poisson), ils ont été décimés par les pêcheurs. Plus récemment, le tourisme de masse a occupé les plages et côtes nécessaires à leur repos et aux mises bas des femelles. Les quelques centaines d’individus restants en Méditerranée ont été contraints de se réfugier dans des grottes marines isolées.

Autrefois nombreux, les phoques moines de Méditerranée sont aujourd'hui menacés, et se sont réfugiés dans des grottes marines parfois inaccessibles © Octopus FoundationLa plupart des études scientifiques sur le phoque moine ont été réalisées et publiées en Grèce ces 20 dernières années. La Grèce est l’un des seuls pays où plusieurs groupes reproducteurs peuvent encore être suivis en continu. Néanmoins, des observations répétées ont notamment été confirmées en Adriatique et dans la mer Tyrrhénienne entre autre.

Fort de ce constat, l’UICN a décidé de coordonner un projet visant à rassembler les nombreux acteurs de terrain, scientifiques, environnementalistes, pêcheurs, propriétaires de clubs de plongée, etc.

L’objectif de ce programme est de collecter des informations dans la totalité du bassin méditerranéen, des les partager avec l’ensemble des chercheurs et ONG, afin d’évaluer avec une plus grande précision l’état des populations de cette espèce emblématique, méconnue et pourtant indispensable à l’équilibre de l’écosystème marin.

Soutien apporté à l’UICN et aux acteurs locaux

Les phoques moines de Méditerranée ont été presque exclusivement étudiés en Grèce lors des 20 dernières années. Des observations ont néanmoins été confirmées dans les eaux turques, italiennes et croates. Malheureusement, aucun suivi sur l’état global de l’espèce n’a pu être réalisé dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Cette information est pourtant cruciale pour comprendre l’évolution des effectifs et pour entreprendre une démarche efficace de protection.

Le squelette d'un phoque moine est exposé à Alonissos, en Grèce © Creative Commons

L’UICN souhaite donc initier et coordonner un projet international visant à rassembler les biologistes, les défenseurs de l’environnement, les pêcheurs et les propriétaires de centres de plongée. Ces acteurs de terrain qui vivent et travaillent dans des zones fréquentées par des phoques moines seront appelés à travailler ensemble, à partager les données récoltées afin d’améliorer les connaissances sur cette espèce emblématique et sa répartition géographique.

La Fondation Octopus travaille aux côtés de l’UICN pour améliorer les connaissances et la protection de cet animal menacé.

Outils existants

Caméra à détecteur de mouvement, développée pour la chasse en forêt.Au cours des décennies passées, les biologistes marins étudiant les phoques moines se sont principalement équipés de caméras à détecteur de mouvement. Ces caméras ont l’avantage d’être peu onéreuses (200-500 euros en moyenne). Dès qu’un animal passe devant le capteur, une photo et/ou une vidéo sont enregistrés. Ces données ne sont donc enregistrées qu’en présence d’animaux, limitant les images à traiter par la suite. Finalement, l’installation de ce type de caméra est facilitée par sa taille, son usage et sa faible consommation d’énergie (généralement des piles AA).

Phoque moine photographié par une caméra à détecteur de mouvementCes caméras ont aussi quelques inconvénients. Tout d’abord, ils ne photographient que les animaux qui entrent dans le champ du capteur. Ils ne fournissent donc aucun élément de contexte, comme par exemple les conditions météo ou l’activité humaine autour de la grotte. De plus, une personne est contrainte d’entrer dans la grotte pour récupérer les données de la caméra (photos et vidéos enregistrées sur une carte SD). Sur une période d’environ six mois, il est raisonnable d’envisager deux à trois visites dans la grotte pour récupérer la carte mémoire et changer les piles qui peuvent être trop basses après seulement deux semaines d’utilisation.

Ces caméras ne sont par ailleurs pas conçues pour être installées dans des environnements aussi humides que des grottes marines. Ces lieux privilégiés par les phoques moines ont souvent des taux d’humidité proches de 100% pendant plusieurs jours ou semaines d’affilés. Il est dès lors nécessaire de modifier légèrement ces équipements afin d’améliorer leur étanchéité.

Finalement, les données ne peuvent pas être sauvegardées ni protégées contre le vol. Si la caméra est volée, les images enregistrées durant des semaines ou des mois disparaîtront de la même manière.

Nouveaux outils

La Fondation Octopus souhaite développer et tester de nouveaux outils pour l’observation et la collecte de données. Ces systèmes autonomes et connectés sont conçus pour compléter les outils technologiques utilisés jusqu’à présent, et non pour les remplacer.

Ces outils peuvent surveiller une grotte en temps réel, afin de confirmer la présence ou l’absence d’un phoque. Ils peuvent également renseigner sur les conditions météorologiques, l’activité humaine dans la zone ainsi que les autres activités animales. Grâce au routeur 3G/4G qui utilise le réseau téléphonique local, les biologistes ont accès aux données directement après leur enregistrement et leur envoi sur un serveur distant.

Système de surveillance autonome

Camera qui surveille l'entrée d'une grotte à phoque © Octopus FoundationPour mettre au point un système de monitoring autonome, la Fondation Octopus développe plusieurs prototypes en utilisant des éléments disponibles dans le commerce de détail et en privilégiant le “prêt à l’emploi”. Ces prototypes sont ensuite assemblés et testés dans un environnement côtier connu pour abriter un groupe de phoques moines.

Dans un premier temps, les tests ainsi que les améliorations des prototypes vont se dérouler sur une ou deux années, afin d’accumuler suffisamment de données technologiques et biologiques.

Le budget global pour un set complet de surveillance autonome (pour une grotte) ne doit pas dépasser pas les 2000 euros.

Surveillance dynamique

Les drones aériens sont très utiles pour repérer des animaux, et les suivre sans les déranger © Octopus FoundationEn complément de la surveillance continuelle et autonome d’une grotte, la Fondation Octopus développe un protocole d’utilisation de drones aériens grand publique afin de localiser et suivre des phoques moines en mer, à proximité des grottes. En utilisant des drones en relais, l’idée est de tester la possibilité d’identifier des individus depuis les airs, sans les déranger.

Le budget global pour un set de drones capables de se relayer (deux quadricoptères et deux retours vidéo) ne doit pas dépasser pas 4000 euros.

Toujours selon la philosophie « open-source » et d’utilité publique de la Fondation Octopus, le choix des outils et leur utilisation seront détaillés dans les pages suivantes.

Suivez l’expédition « Phoque moine de Méditerranée – 2018 » grâce au journal OpenExplorer, uniquement disponible en anglais.

Système de surveillance autonome

Plusieurs expériences passées ont montré l’efficacité d’un système photographique à intervalle régulier venant compléter l’usage des caméras à détecteur de mouvement. Le but est d’enregistrer en continu l’activité des phoques moines, l’activité humaine et certains phénomènes météorologiques à l’intérieur et à l’extérieure d’une grotte marine. Finalement, le système est équipé d’un routeur 3G/4G qui utilise le réseau téléphonique local pour envoyer les paires d’images à un serveur distant, où les données sont stockées de façon sécurisée.

Ci-dessous, le plan du premier prototype (testé entre mai et novembre 2018 dans les îles grecques) :

Schéma complet du système de surveillance autonome © Octopus Foundation

Son installation sur le terrain:

Premier prototype de système de surveillance autonome installé en Grèce en 2018 © Octopus Foundation

Afin de comprendre l’intégralité du système, il faut se pencher sur les différents éléments:.

    1. Énergie solaire

Depuis plusieurs années, les technologies photovoltaïques ont évolué à tel point que des équipements abordables sont disponibles un peu partout sur la planète. Habituellement, la production d’énergie solaire fonctionne de façon combinée. Un ou plusieurs panneaux rechargent une ou plusieurs batteries, qui sont soit au plomb ou au lithium. Au vu de la différence de prix importante (du simple au double), notre recherche s’est limitée aux batteries au plomb, qui sont d’ailleurs plus facilement disponibles dans des zones côtières plus ou moins reculées.

Les modules de la marque Goal Zero sont prêts à l'emploi, et donc parfaits pour les novices © Goal ZeroPar définition, un système autonome placé dans la nature est soumis au risque de vol. Il est dès lors important de trouver un équilibre entre le prix des équipements, leur efficacité, leur consommation électrique et leur faculté de fonctionner dans tous types d’expositions solaires.

Par exemple, un système pourrait très bien fonctionner tout au long de l’année, dès lors qu’il est composé de trois panneaux solaires et deux batteries. Mais cela équivaudrait à augmenter sa visibilité et donc son risque de vol. Si le prototype peut fonctionner avec un panneau solaire (de 50 ou 100w) et une batterie (12v classique de voiture), alors sa perte due au vol ou dommage reste financièrement acceptable.

Un paramètre additionnel à prendre en compte est le nombre de cycles de charge et décharge que la batterie va subir. La préférence doit toujours être donnée à un équipement conçu pour résister le plus longtemps possible à ce genre d’utilisation intensive (au minimum 6 mois).

    1. Monitoring vidéo intérieur/extérieur

Caméra POE installé à l'entrée d'une grotte à phoque © Octopus FoundationLe premier prototype a été équipé de deux caméras distinctes. Le rôle de la première caméra, installée à l’extérieur, est de surveiller l’entrée de la grotte et ses environs, afin de récolter des données sur les conditions météorologiques ainsi que les activités humaines. La deuxième caméra est quant à elle fixée tout au fond de la grotte, braquée sur la plage utilisée par les phoques pour se reposer ou mettre au monde les petits.

Les deux caméras fonctionnent simultanément, afin de capturer l’intégralité de la situation à un moment donné, à l’extérieur et à l’intérieur de la grotte. Dans cette configuration, sur une côte grecque, la caméra extérieure est exposée aux conditions météorologiques extrêmes (chaleurs et pluies abondantes lors d’un orage), alors que la caméra intérieure est constamment plongée dans le noir et sujette à d’importants taux d’humidité durant de longues périodes.

En quelques années, les technologies dans le domaine de la sécurité ont progressé de façon fulgurante. Un élément clé est aujourd’hui la “caméra POE” (Power Over Ethernet, en anglais “courant au travers de l’Ethernet”). Ces caméras, relativement abordables, utilisent un unique câble Ethernet pour transporter l’énergie et les données. Il n’y a désormais plus besoin de deux circuits différents, qui rendaient l’installation plus complexe et sujette à de nombreux problèmes potentiels.

Caméra POE en cours d'installation dans une grotte marine © Octopus FoundationCes caméras POE peuvent être éloignées de 100 mètres maximum de la boîte de contrôle jusqu’à un maximum de 100 mètres. En général, c’est suffisant, mais ce facteur peut être limitant selon les cas.

De plus, ces caméras sont conçues pour diffuser des images de sécurité à l’intérieur et à l’extérieur de bâtiments en continu, jour et nuit. Elles sont donc généralement équipées de lumières infrarouges (qui éclairent en général à une distance de 30 mètres) et sont IP66 (étanches à la pluie) voir IP67 (étanche à l’immersion).

    1. Prise de vue à intervalle régulier

L’objectif est de surveiller, de façon continue, l’intérieur et l’extérieur d’une grotte qui convient aux phoques moines. L’un des principaux problèmes avec ce genre d’équipement est la consommation d’énergie, en particulier pour alimenter deux caméras vidéos avec lumières infrarouges. La clé est de limiter cette consommation autant que possible. Dans notre situation précise, nous savons que les phoques sont de très bons nageurs, mais une fois à terre, ils ne peuvent se mouvoir que très difficilement et lentement.

Partant de ce constat, l’intervalle a été fixé à une photo toutes les 15 minutes. Cela veut dire que les caméras sont allumées pendant environ 3 minutes (le temps qu’elles se lancent), avant qu’une photo ne soit prise sur chacun des flux vidéos. Les images sont ensuite enregistrées localement, envoyées sur un serveur de sauvegarde, puis le courant est coupé. Ce cycle recommence toute les 15 minutes. En conséquences, les caméras ne sont alimentées que 12 minutes par heure.

Raspberry Pi avec clé USB pour du stockage localAfin de gérer ce genre de tâche, un petit ordinateur a fait son apparition sur le marché: le Raspberry Pi (environ 35 euros). Il est alimenté en 5v et peut facilement être programmé pour gérer l’ouverture et la fermeture d’un relais électrique par exemple, ainsi qu’enregistrer des données sur une clé USB.

    1. Double sauvegarde

Avec le système de surveillance autonome, les photos sont enregistrées toutes les 15 minutes localement sur une clé USB. Elles sont ensuite envoyées par le routeur 3G/4G à un serveur distant permettant non seulement de sauvegarder les données, mais la visualisation de l’intérieur de la grotte en quasi-direct renseigne les scientifiques sur la présence ou l’absence d’un phoque. Cela pourrait par exemple permettre aux biologistes de collecter des échantillons lorsque l’animal est parti chasser.

Routeur 3G/4G qui se connecte au réseau téléphonique local, afin de transmettre les données sur le serveur de son choix

Finalement, une page internet peut être facilement programmée pour se recharger toutes les 15 minutes et afficher les dernières photos qui ont été transmises au serveur. Si pour une quelconque raison, le réseau téléphonique local subit une panne, les images sont malgré tout enregistrées sur la clé USB du Raspberry Pi. Les données peuvent alors être récupérée par une personne sur place qui peut accèder à la boîte électronique située à l’extérieur de la grotte, et donc sans déranger un phoque qui serait à l’intérieur.

    1. Boîte extérieure

Cette boîte a été conçue en contreplaqué (qui peut facilement être trouvé dans la plupart des zones côtières du monde), et recouverte de trois couches de vernis. Les trous se situent à l’extérieur de la boîte, afin de limiter l’infiltration d’eau. Sur le côté se trouvent des grilles d’aération qui peuvent être remplacées par du contreplaqué durant l’hiver. Les dimensions sont en millimètres.

La boîte en bois conçue pour abriter les éléments électroniques qui ne sont pas dans la grotte et qui ne sont pas étanches © Octopus Foundation

Mission de terrain 2018: Set 1 et Set 2

Pour la mission pilote, deux prototypes ont été installés en Grèce dans deux grottes aux conditions géographiques différentes.

Le but de ce premier test était de faire fonctionner les deux prototypes pendant 6 mois. Installés au début du mois de juin, notre objectif était de les faire fonctionner jusqu’à la fin du mois de novembre 2018. Pour cette première phase, les équipements ont été choisis en fonction de leur facilité d’utilisation et de leur coût limité (coût global des équipements d’un set fixé à moins de 2000 Euros).

    1. Set 1

Le premier prototype a été installé dans un grotte connue depuis plusieurs années par les biologistes pour avoir été occupée par des phoques moines.

Configuration de la grotte pour le Set 1 (haute parois rocheuse, entrée face au Nord) © Octopus Foundation

La grotte est située au pied d’une falaise rocheuse d’environ 20-25m de haut. La première des deux entrées est sous-marine. La falaise plonge verticalement dans l’eau, et à environ 1m de profondeur, un passage permet aux phoques ou aux plongeurs d’entrer dans la grotte assez facilement. Une fois à l’intérieur, il y a de l’eau sur encore environ 50 mètres avant d’atteindre le fond où se situe une plage d’environ 30 mètres de large.

Photo intérieure du Set 1 © Octopus FoundationUn peu plus sur la gauche se trouve l’entrée aérienne, où d’imposants rochers se sont détachés de la falaise pour ouvrir un passage qu’il n’est pas facile de négocier car il faut sauter de rocher à rocher. Une fois à l’intérieur, une première petite chambre donne accès à un passage qui amène dans la grotte principale.

Photo extérieure du Set 1 © Octopus FoundationL’entrée de la grotte est orientée vers le Nord, ce qui l’expose donc aux vents dominants d’été qui soufflent du Nord-Ouest. La caméra extérieur est aussi pointée vers le Nord, avec le soleil dans le dos la plupart de la journée, ce qui produit des photos avec d’excellentes expositions.

Début juin 2018, une fois que l’intégralité du SET 1 était en place, avec la boîte électronique fermement installée dans une cavité rocheuse au sommet de la falaise, le panneau solaire fixé entre deux rochers au dessus de la boîte, et les deux caméras visées dans la falaise et dans la grotte, alors le système a été allumé.
Dans l’après-midi du troisième jour de mission, le prototype était fonctionnel. Quelques ajustements ont été nécessaires, notamment pour corriger l’exposition des photos, mais hormis ces détails le système fonctionnait parfaitement avec une photo prise par caméra toutes les 15 minutes, 24h/24h et 7j/7j. Les photos s’enregistraient effectivement sur la clé USB, avant d’être envoyées sur le serveur en Suisse via le routeur et le réseau téléphonique. Une visite sur le site internet permettait d’actualiser les dernières images reçues.

    1. Set 2

Pour différentes raisons, nous n’avons pas pu utiliser la même configuration dans une deuxième grotte. Nous avons alors décidé d’installer le deuxième set avec des câbles Ethernet de 20 et 10 mètres de long, dans une grotte avec une configuration totalement différente. Cela a permis de tester les limites de chaque module du système.

La configuration de la faille, où a été installé le Set 2 © Octopus Foundation

Lors de nos missions de repérage en 2015 et 2017, nous avons été informé de l’existence d’une “faille” dans la côte, où des phoques moines auraient été régulièrement vus. Par rapport à la grotte du Set 1, cette faille présente la particularité d’être au raz de l’eau, et plutôt exposée Sud. Cette grotte est aussi intégralement submergée par la mer. Il est probable qu’au bout, une poche d’air permette aux phoques de respirer. Dans tous les cas, il n’était pas envisageable de couler une caméra au bout d’un câble Ethernet pour l’installer dans cette grotte, car elle n’est pas parfaitement étanche (IP66).

Dès lors, nous avons pris la décision d’installer le deuxième prototype avec deux caméras extérieurs, braquées sur l’entrée de la grotte.
Conscients des chances extrêmement limitées de photographier un phoque nageant dans l’eau, nous avons privilégié la récolte d’informations annexes tels que les activités humaines et les conditions météo. C’était aussi un bon moyen de tester une exposition différente des caméras, cette fois orientées vers le Sud (la première à 180° et la deuxième à 110°). Les données recueillies par ces caméras seront précieuses pour comprendre à quel point l’angle influence les images.

Photo prise par la première caméra du Set 2 © Octopus FoundationAvec deux caméras à l’extérieur, nous avons réalisé qu’il était inutile de laisser tourner l’intégralité du système durant la nuit. Nous avons changé le software, pour qu’il n’allume les caméras qu’entre 5 heure du matin et 10 heure du soir (du 1er juin au 17 octobre). Puis, dès le 18 octobre, au vu des jours qui se raccourcissent, nous avons modifié l’allumage de 7 heure à 20 heure.

Photo prise par la deuxième caméra du Set 2 © Octopus FoundationVu que le Set 2 fonctionnait désormais moins d’heures que le Set 1 (17h/24h au lieu des 24h/24h), nous avons décidé de changer l’intervalle. Cette manière de faire met plus de stress sur les différents modules, la batterie, le Raspberry Pi, les relais, les caméras, etc. La nouvelle intervalle a été fixée à 10 minutes au lieu des 15 minutes initialement prévues, ce qui augmente également les chances – même infimes – de photographier un animal revenu respirer à la surface à l’entrée de la grotte. Le but était également d’atteindre un montant de données à envoyer via le réseau 3G plus ou moins égal entre les deux sets. Durant le même laps de temps, le Set 1 prend un total de 192 photos (pour deux caméras), alors le Set 2 en prend 204.

Finalement, la boîte électronique a été installée sous un arbre (pour tester la différence entre un abri rocheux du Set 1), le panneau solaire a été fixé entre deux rochers avec un angle plus important (à environ 160° et incliné de 20°), les câbles Ethernet qui courent le long de la côte rocheuse ont été protégés en les enveloppant dans du tuyaux d’arrosage, et les caméra ont été vissées de part et d’autre de l’entrée de la grotte, bien plus près de l’eau et des vagues que pour le Set 1. Les deux caméras sont à peu près à 5 mètres de hauteur de la mer. Cette configuration montrera la résistance de ces éléments aux différentes conditions météorologiques qui peuvent être assez violente sur cette partie de la côte.

Cette zone est occupée par des troupeaux de chèvres, et quelques spécimens ont grignoté les câbles apparent, endommageant le système © Octopus FoundationUn aspect intéressant à relever est la présence de troupeaux de chèvres dans la zone du Set 2. Nous l’avons réalisé lors de l’installation. Nous avons donc décidé de couvrir la plupart des câbles avec des morceaux de tuyaux d’arrosage (les deux câbles Ethernet et le câble du panneau solaire), en pensant que ces animaux pouvaient endommager les équipements en marchant dessus. Nous n’avions pas imaginé que les chèvres apprécient en fait de grignoter les câbles électriques, s’ils sont atteignables. Au contraire, si les câbles sont protégés par des tuyaux, ils semblent perdre tout leur intérêt.

Surveillance dynamique

Avec les progrès technologiques actuels en matières de batteries Lithium-Ion, les drones “quadricoptères” peuvent rester en l’air pendant presque 30 minutes. Lors de cette mission grecque, les pilotes de drones de la Fondation Octopus ont concentré leurs forces pour repérer et suivre les phoques moines qui nagent dans la mer. Une technique a été mise au point pour relayer les pilotes. Ainsi, lorsqu’un drone doit rentrer à la base pour changer de batteries, un deuxième appareil le rejoint sur zone pour ne jamais perdre l’animal de vue. Et ainsi de suite jusqu’à ce que toutes les batteries soient vides.

En 2018 et avec cette méthode, en volant à quelques dizaines de mètres au dessus de la surface, les drones ont permis de repérer et filmer plusieurs phoques durant environ deux heures. Cette nouvelle génération de drone a un avantage exceptionnel: pouvoir filmer ces animaux sans les déranger dans leur environnement naturel. Il semble en effet que les animaux n’aient aucune conscience d’un appareil volant au dessus d’eux.

Les drones aériens permettent de trouver et suivre des animaux dans leur environnement naturel, sans les déranger © Octopus Foundation

Système de surveillance autonome

Bien que les deux prototypes aient été développés par la Fondation Octopus sans expérience passée (mais avec l’aide inestimable de professionnels), et qu’ils aient été installés dans un environnement agressif (soleil et température grecs en plein été), les résultats dépassent nos espérances.

Set 1

Au sujet du premier prototype, avec une caméra à l’intérieur de la grotte, et une située à l’extérieur, le pourcentage de fonctionnement a atteint 85%.
Seuls 26 jours manquent sur presque 6 mois d’activité. Dans la plus grande majorité des cas, c’est la batterie qui a fait défaut. La consommation d’énergie était parfois plus élevée que la production (ensoleillement moindre, mauvais temps etc). Il y a aussi eu une panne du software, et une panne du routeur, qui ont pu être réparés sur place.
Dès le 18 novembre, l’ensoleillement n’était plus suffisant pour faire fonctionner le système, même après l’ajout d’un deuxième panneau solaire le 18 octobre. La phase 1 a donc été conclue à cette date.

Résultats des 6 mois de test du set 1 © Octopus Foundation

À deux reprises, ce prototype a permis de photographier des phoques moines de Méditerranée au fond de la grotte.
Sans tirer de conclusions hâtives, il apparaît que les conditions météorologiques étaient identiques lors des deux visites de phoque. C’est à dire, un violent vent du Nord et une mer très agitée. Le phoque a certainement choisi la grotte du Set 1 pour se reposer quelques heures.

Lors d'une tempête avec des vents violents et une mer déchaînée, un phoque est venu se reposer dans la grotte du Set 1 © Octopus Foundation

Set 2

En ce qui concerne le Set 2, il a été encore plus performant que le Set 1, avec 92% des jours enregistrés. Seuls 14 jours sont manquants, avec comme source principale des soucis la consommation qui dépassait la production d’énergie.
Le 21 novembre, l’ensoleillement n’était plus suffisant pour assurer le fonctionnement du prototype (malgré l’installation d’un deuxième panneau solaire de 50W le 19 octobre), la phase 1 a donc été conclue.
L’explication de l’efficacité accrue par rapport au Set 1 vient probablement du fait que le Set 2 n’était programmé pour fonctionner que la journée. Aussi, le Set 2 n’a pas rencontré de problèmes de software, ni de routeur.
Par contre, le câble du panneau solaire, ainsi que le câble d’une des caméras a été sectionné par une chèvre. Ainsi, dès le 3 octobre, seule la caméra 1 était fonctionnelle.

Résultats des 6 mois de test du Set 2 © Octopus Foundation

Traitement des images – intelligence artificielle

Faire fonctionner deux systèmes autonomes, avec un total de quatre caméras, durant six mois a généré pas moins de 60’000 photos.
Ces images ont le potentiel de produire des statistiques intéressantes, comme par exemple la présence humaine en fonction des saisons, des vacances etc. Il serait aussi possible de référencer les tempêtes, et évidemment la présence de phoques dans et autour des grottes.
Afin de traiter un nombre grandissant de données, nous développons un programme basée sur l’intelligence artificielle avec des spécialistes de l’analyse d’image.
Cet outil pourra efficacement publier des statistiques pour les biologistes, qui pourraient être utile pour par exemple décider de créer une nouvelle aire marine protégée.

Une fois développé, ce programme pourra être téléchargé par les biologistes sur notre site.

Pour traiter le nombre croissant de photo, un programme basé sur l'AI est en cours de développement © Octopus Foundation

Monitoring dynamique

Grâce au protocole de relais en drone développé par la Fondation Octopus en 2018, plusieurs spécimens de phoques moines de Méditerranée ont pu être filmé dans les environs d’une grotte marine.
Ces images exceptionnelles vont alimenter un documentaire, et des expositions photos afin de sensibiliser le public sur les conditions de cette espèce menacée.

Développement et installation d’un prototype de système de surveillance autonome

Afin de photographier les phoques dans leur élément naturel, et récolter diverses données scientifiques supplémentaires (pression humaine, nombre de bateau, conditions météorologiques), nous avons développé un prototype de système de surveillance.
La recherche et l’installation sont expliqués dans cette vidéo:

Vidéo en cours de création.

Observation dynamique (drone)

En juin 2018, nous avons eu la chance de pouvoir observer plusieurs phoques moines de Méditerranée.
Les deux individus filmés non loin de Fiskardo, en Grèce, sont des adultes. Les images sont analysées par les spécialistes pour en savoir plus sur leur comportement.
Nous avons pu tester l’efficacité de l’utilisation de deux drones en relais, afin d’obtenir ces images incroyables du mammifère marin le plus menacé de la planète.


Vidéo en cours de création.

Drone sous-marin (Trident)

Dans nos bagages, aux côtés de nos DJI Mavic Pro, se trouvait également le Trident de chez OpenRov. Cet excellent sous-marin télécommandé nous a été utile pour vérifier les mouillages dans la port de Fiskardo, pour photographier l’épave d’un bateau qui se trouve à 40m de fonds, et pour explorer une étroite cave sous-marine. Voici les résultats:

Membres de l'équipe

Julien PFYFFER
Fondateur et président

Ariel FUCHS
Directeur opérations

Philippe HENRY
Responsable image

Sébastien ROUSSEAU
Responsable navigation

Thomas Delorme
Vidéaste

Antoine BUGEON
Dessinateur et marin

Andy Guinand
Reporter - Pilote de drones

Christophe VIGNAUX
Plongeur et skipper