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Située le long de la côte Nord du pays, l’île de Mozambique est un véritable bijou historique. Ce minuscule bout de terre de 1,5 km2, relié au continent africain par un pont de 3 km construit dans les années 60,  a pendant des siècles suscité convoitises et rivalités entre les plus grandes puissances maritimes du monde.

Dessin d'un trois mats du 18ème siècle par Antoine Bugeon © Octopus FoundationLes premiers navigateurs a avoir véritablement compris son importance stratégique étaient originaires de la péninsule arabique, aujourd’hui le Yemen et Oman. En longeant la côte orientale de l’Afrique à partir du 8e siècle, l’élite commerçante arabe y mouille régulièrement pour se reposer ou s’abriter des tempêtes. Ne disposant d’aucune source d’eau potable, l’île était jusqu’alors inhabitée. Cependant, les Macua, peuple originaire de cette région du Mozambique, s’y réfugiaient ponctuellement lorsque des conflits éclataient sur le continent. Ils l’avaient surnommée « la cachette ».

L’occupation de l’île par les commerçants arabes s’intensifie au fil des générations, et de grandes familles s’y installent. Des mariages afro-arabes réunissent et métissent les peuples, et l’islam s’impose naturellement comme première religion. Ce petit territoire devient même la tête de pont des confréries musulmanes du reste du pays. A l’époque, un islam modéré et avant-gardiste y est pratiqué, avec d’importants rôles confiés aux femmes, probablement grâce au mélange avec la société matriarcale Macua.

Bataille navale

Ce règne afro-arabe prend fin au 15e siècle, avec l’arrivée du grand navigateur portugais Vasco de Gama. Afin d’ouvrir la route des Indes, il est le premier Européen à débarquer sur l’île de Mozambique en 1498. Une fois le cap de Bonne-Espérance franchi, il remonte la côte Est africaine en cherchant des mouillages pour sa flotte.

Carte ancienne de la côte du Mozambique au niveau de l'île de Mozambique © WikipediaEn pleine période de rivalité commerciale, les Arabes se rendent vite compte que ces nouveaux venus sont chrétiens. Une guerre sanglante éclate. Pris au piège, de Gama parvient à s’enfuir de justesse grâce à la supériorité de ses canons.

De retour à Lisbonne, les écrits de son équipage sont analysés par la cour du roi. Sur l’île de Mozambique, Vasco de Gama s’était brièvement entretenu avec le sultan local, Mussa am Biek. Lors des présentations, le navigateur ne comprend pas qu’il s’agit de son nom et pense au nom de la région. “Mussa am Biek” est retenu, pour évoluer en “Mozambique”.

Métissage, richesse et esclavagisme

Une fois la route des Indes ouverte et établie, le Portugal intensifie ses voyages maritimes. Plusieurs dizaines de bateaux empruntent la route des épices chaque année. Tous s’arrêtent sur l’île de Mozambique, désormais premier et plus important comptoir sous l’équateur. Des passagers prestigieux y font une halte, comme au 17e siècle le plus grand poète portugais Luís de Camões. L’auteur du poème épique « les Lusiades » reste deux ans sur l’île, après 15 années passées à faire la guerre en Asie pour le compte du roi du Portugal. Le temps d’attendre un bateau qui doit le ramener à Lisbonne, il en profite pour parachever son chef-d’oeuvre.

Dessin réalisé par Antoine Bugeon © Octopus FoundationLa route des Indes ne fait qu’accentuer le métissage déjà important sur l’île de Mozambique. Désormais, ce sont quatre grandes régions du monde qui se concentrent sur ce petit territoire : l’Afrique bien sûr, la péninsule Arabique, l’Europe et les Indes. Aux Arabes musulmans présents sur place se joignent des Hindous, des Chrétiens et des Indiens musulmans. Les styles architecturaux deviennent aussi diversifiés que la population locale, avec des lieux de cultes extrêmement variés, vivant en harmonie.

Jusqu’au 19e siècle, l’île de Mozambique est le carrefour incontournable du commerce d’épices, d’or, d’ivoire mais aussi d’esclaves. De l’intérieur du continent, les prisonniers sont acheminés jusqu’à la côte. Ils sont ensuite transférés sur l’île pour être embarqués à bord des bateaux en charge du fameux « trafic d’ébène ». Entre 600’000 et 800’000 esclaves seraient passés par cette petite île.

Abandon

L’île de Mozambique a été la capitale du pays jusqu’en 1898, lorsque les Portugais décident de la déplacer plus au Sud, à Lourenço Marques, aujourd’hui Maputo. Les grandes familles déménagent également, laissant leurs demeures à l’abandon.

L'ancienne maison du gouverneur de l'île de Mozambique transformée aujourd'hui en musée © Octopus Foundation Le 25 juin 1975, l’indépendance du Mozambique est proclamée après cinq siècles de domination portugaise. S’en suit une guerre civile qui ne prendra fin qu’en 1992. Durant ces années difficiles, l’île de Mozambique sert de refuge pour des milliers d’habitants qui profitent de l’isolement et du pont pour se protéger des embuscades. L’île regorge de vestiges historiques, dont des églises, des mosquées, des temples ainsi que l’immense forteresse du 16e siècle.

Pour tenter de sauvegarder ce qui fait la particularité de cette île unique, le territoire a été classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1991.

Chasseurs de trésor

Aujourd’hui l’île de Mozambique n’a plus aucune valeur stratégique, alors qu’elle fut jadis tant convoitée par les plus grandes puissances maritimes. Ces 20 dernières années, la zone a suscité la convoitise des chasseurs de trésors. En effet, dans la baie entourant l’île de Mozambique, une trentaine d’épaves de toutes les époques gisent au fond de l’eau, témoins silencieux de l’incroyable richesse maritime du lieu. Malheureusement, une société portugaise a profité de l’absence de loi et de contrôle pour piller partiellement ces vestiges engloutis.

Face au fort São Sebastião, construit à partir du 16e siècle, la baie d'un bleu d'azur est parsemée d'épaves de navires anciens © Octopus Foundation Grâce au travail tenace d’un archéologue local, le Dr Ricardo Duarte, non seulement cette société s’est faite chasser du Mozambique en 2014, mais les épaves sont maintenant répertoriées et cataloguées. Ces morceaux d’histoire engloutis doivent même servir de sujets d’étude au nouveau centre d’archéologie sous-marine que le Dr Ricardo Duarte est en train de créer, sous l’égide du ministère de la culture du Mozambique, de l’université Eduardo Mondlane de Maputo (où enseigne le Dr Duarte), et avec le soutien de l’UNESCO.

Une partie du fort monumental de São Sebastião, construit à partir du 16e siècle, doit servir de musée pour présenter le résultat des fouilles aux populations locales ainsi qu’aux touristes étrangers. Le tourisme se développe lentement sur l’île de Mozambique, avec des investissement privés et étrangers qui servent à réhabiliter de vieilles bâtisses en hôtels et restaurants. La pêche, le bâtiment et le tourisme sont aujourd’hui les seules ressources de l’île. Il reste donc beaucoup à faire pour redonner ses lettres de noblesse à la légendaire île de Mozambique.

Soutien aux archéologues

L’île de Mozambique jouit d’un passé historique hors du commun. Pour preuve, la baie entourant l’île est parsemée d’épaves datant du 15e au 20e siècle.

Dr Ricardo Duarte s'apprête à plonger sur une épave au large de l'île de MozambiquePendant 20 ans, ces épaves ont été malheureusement partiellement pillées par une société portugaise de chasseurs de trésors. Sans le travail acharné du Dr Ricardo Duarte, les dégradations irréversibles se poursuivraient encore aujourd’hui.

Durant de longues années, ce professeur d’archéologie à l’Université Eduardo Mondlane de Maputo s’est battu contre les pilleurs, et a réussi en 2014 à les faire définitivement expulser du Mozambique. Aidé par son épouse, Yolanda Duarte, il a également commencé à répertorier la trentaine d’épaves qui gisent sur les fonds sablonneux de la baie.

Afin d’étudier les nombreux vestiges archéologiques sous-marins et créer le premier centre d’étude d’archéologie sous-marine du Mozambique, le Dr Duarte a fait appel à la Fondation Octopus.

Pour équiper le centre de médias spécialisés et d’outils d’enseignement, l’équipe de la Fondation se rendra sur place avec son matériel photographique sous-marin, ses drones et ses compétences marines de navigation et de plongée. Les images haute définition serviront à documenter et à modéliser certaines des nombreuses épaves dispersées dans la baie entourant l’île de Mozambique.

Réalisation de médias

La réalisation de médias spécialisés (tels que photos, cartes bathymétriques, images 3D) vont faciliter l’étude scientifique et mettront en valeur les découvertes qui seront exposées dans le fort de São Sebastião.

Le fort de São Sebastião est un monument historique colossal, construit au 17ème siècle part les portugais et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il accueillera un musée d'archéologie sous-marine © Octopus Foundation Avec le soutien de l’UNESCO (Convention de 2001 sur la protection du patrimoine immergé) et du Ministère de la Culture du Mozambique, un musée verra le jour dans le grand bâtiment historique construit par les Portugais, actuellement en cours de rénovation. Les résultats des fouilles seront présentés aux locaux et aux visiteurs étrangers dans les années à venir.

Les photos et les dessins réalisés sur place permettront de reconstituer l’histoire parfois tragique bien que fascinante de certaines épaves.

Suivez l’expédition « île de Mozambique – 2018 » grâce au journal OpenExplorer, uniquement disponible en anglais.

Drones aériens

L’utilisation de drones aériens est particulièrement utile à la détection d’objets sous-marins quand ils se trouvent à faible profondeur et dans une eau transparente.

L'utilisation de plusieurs drones aériens permet d'efficacement passer une large zone au peigne fin et détecter des épaves par transparence de l'eau © Octopus Foundation

En volant à plusieurs dizaines de mètres au dessus de la surface, le pilote est capable de visualiser en direct et cartographier certaines épaves en jouant sur la transparence de l’eau. Ainsi, le drone pourra scanner certaines zones qui devront être ensuite fouillées par les archéologues en plongée.

Pour ce projet, l’utilisation de plusieurs drones aidera les archéologues à couvrir une zone plus étendue autour de l’île de Mozambique.

Drone sous-marin

La version Beta du Trident d'OpenRov nous accompagne au Mozambique pour étudier les épaves © Octopus FoundationL’utilisation de la version Beta du Trident d’OpenRov nous servira à :
– prévisualiser une épave avant d’y envoyer une équipe de plongeurs
– effectuer des photogrammétries et modélisations 3D de sites submergés
– capturer des images en profondeur, dans des zones difficilement accessibles aux plongeurs

Cartes bathymétriques

À ce jour, il n’existe aucune carte bathymétrique précise de la baie. Au moyen de notre sonar portable qui est utilisé en continu depuis une embarcation, la Fondation Octopus va réaliser plusieurs cartes bathymétriques de zones d’intérêts.
Ces outils sont extrêmement utiles aux scientifiques pour de futures fouilles.

Carte bathymétrique réalisée grâce au sonar de notre voilier d'expédition. Les profondeurs sont en mètres © Octopus Foundation

Modélisation 3D d’épaves

Une fois l’acquisition photographique sous-marine effectuée, l’équipe de la Fondation Octopus procédera au traitement informatique des données pour obtenir une zone modélisée en 3D comme celle-ci dessous.

En cliquant sur le sigle au centre de la fenêtre, une fois le modèle chargé, vous pouvez faire tourner la zone en cliquant au centre et en déplaçant le curseur. Vous pouvez aussi zoomer et déplacer le modèle dans l’espace en maintenant la touche majuscule enfoncée.

De façon simple et gratuite, la Fondation Octopus montre ainsi qu’il est possible d’immerger des gens sans aucune notion de plongée dans les profondeurs et de leur permettre de déambuler dans le fond de l’eau comme d’étudier des pièces archéologiques très détaillées sans risquer des les endommager.

Photogrammétrie

Que ce soit pour le public ou les passionnés de plongée, ces modèles numériques sont des outils de visualisation efficaces. Mais sont-ils aussi utiles pour les scientifiques ? Rappelons que l’un des objectifs de la Fondation Octopus est d’abord de soutenir la recherche et l’exploration scientifique des océans.

L'orthophotoplan de la zone sous-marine © Octopus Foundation

Du modèle 3D numérique, élément simple de visualisation, le programme informatique permet d’extraire un outil qui, lui, est scientifique : l’orthophotoplan. Par une projection verticale de l’ensemble du relief sur un plan horizontal, cette carte d’une précision centimétrique respecte toutes les dimensions au sol. Alors que le temps de plongée est limité par l’air contenu dans une bouteille, il devient maintenant possible de « sortir » la zone de travail du fond de l’eau pour pourvoir l’étudier attentivement à terre.

Membres de l'équipe

Julien PFYFFER
Fondateur et président

Ariel FUCHS
Directeur opérations

Sébastien ROUSSEAU
Responsable navigation

Philippe HENRY
Responsable image

Antoine BUGEON
Dessinateur et marin

Christophe VIGNAUX
Plongeur et skipper

Thomas Delorme
Vidéaste

Andy Guinand
Reporter - Pilote de drones

Dr Ricardo Duarte
Archéologue

Yolanda Duarte
Documentaliste