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A quelques dizaines de mètres du rivage de l’île de Céphalonie, en Grèce, nous avons découvert à 17 mètres de profondeur, grâce à un plongeur français, Cédric Georges, les restes d’un avion anglais de la Seconde Guerre mondiale. Ces quelques morceaux de métal à moitié ensevelis dans le sable sont tout ce qu’il reste du chasseur anglais.

Cette histoire est d’abord celle du sergent Harold Yorke. Jeune pilote d’avion de chasse britannique de 26 ans, il participait à des opérations militaires aériennes permettant de maintenir la pression sur les Allemands dans le sud de l’Europe juste après le débarquement de Normandie. Il fallait à tout prix éviter que Hitler ne déplace ses troupes pour venir en renfort dans le nord de la France. Ainsi, des avions anglais décollaient quotidiennement d’Egypte et de Libye pour attaquer les positions allemandes sur la rive nord de la Méditerranée.

Antoine Bugeon, le dessinateur de la Fondation Octopus, a réussi à reconstituer les heures qui ont précédé le crash de Harold et de son co-pilote devant Fiskardo grâce aux informations fournies dans le journal de Harold © Octopus Foundation

Le 19 juillet 1944, une escadre de trois Bristol Beaufighter quittent la Libye pour aller attaquer les positions ennemies des îles ioniennes grecques. C’est en rase motte que les trois avions s’engagent dans ce qu’on appelait alors « les portes de l’enfer », soit le détroit entre les îles de Céphalonie et d’Ithaque.

Presque sortis d’affaire, en arrivant à la hauteur du port de Fiskardo situé à la pointe nord de l’île de Céphalonie, les trois avions essuient soudain des tirs ennemis. L’avion de Harold est touché. Jack Shaw, son co-pilote qui est assis dans l’avion quelques mètres derrière lui est tué sur le coup. Blessé et dans un avion en feu, Harold réussit tant bien que mal à amerrir, et à s’extraire de la carlingue avant que celle-ci ne finisse par couler.

La carte de prisonnier allemand de Harold Yorke, peu de temps après qu'il se soit fait arrêté © Famille Yorke

Harold est arrêté par les Allemands sur le rivage. S’en suivra alors une longue déportation dans toute l’Europe centrale, au terme de laquelle il sera définitivement libéré.

Fait exceptionnel, Harold est parvenu à conserver sur lui le récit de son périple, écrit sur quelques feuilles de papier toilette. Il a transmi son journal à sa femme et à ses filles après la guerre. Harold est décédé en 2001 en Angleterre. Mais grâce à Cédric Georges, l’équipe de la Fondation a réussi à retrouver et à rencontrer à Londres les filles du pilote qui nous ont autorisés à relater l’histoire de leur père. Une histoire incroyable.

Peut-on montrer les fonds marins au public, sans qu’il n’ait de connaissance marine ? Telle était la question posée par l’équipe de la Fondation Octopus dès son lancement, dans le courant de l’année 2015.

La zone sous-marine étudiée et intégrée dans la photo aérienne réalisée avec notre drone © Octopus Foundation

Que ce soit dans les domaines de la biologie marine ou de l’archéologie sous-marine, le but de la Fondation Octopus est de pouvoir faire bénéficier le public d’une connaissance des mers et des océans qui, jusqu’à présent, a été réservée aux spécialistes, scientifiques, océanographes, parfois même aux professionnels et aux amateurs éclairés comme les marins et plongeurs.

L’ambition de la Fondation est de pouvoir vous emmener en mer, et que vous puissiez vous-même vous immerger dans les profondeurs de la mer pour pouvoir observer les merveilles présentes, qu’elles soient vivantes ou historiques.      

Nous avons donc choisi un premier projet pilote, en Grèce. Au large de l’île de Céphalonie, nous avons découvert les restes d’un avion anglais de la Seconde Guerre mondiale. Un épisode que nous avons pu reconstituer et que nous vous présentons. 

Méthode

Dans le cadre de cette mission, la Fondation Octopus voulait expérimenter les différentes façons de documenter une zone sous-marine. L’objectif était de pouvoir réaliser à terme ce type de documentation sur un projet sous-marin archéologique ou biologique.

A travers cette mission pilote, nous voulions être capable de générer des outils utilisables par des scientifiques, mais aussi des médias pour améliorer la compréhension du grand public sur le monde sous-marin.

Vue large de la zone des débris © Octopus Foundation

Dans le prochain onglet (Technologie), nous vous présentons les techniques utilisées ou développées lors du projet pilote « Bristol Beaufighter ».

Ci-dessous se trouve le journal de l’expédition « Bristol Beaufighter – 2016 », uniquement en anglais.

Voici les outils qui ont été utilisés ou développés lors du projet pilote « Bristol Beaufighter »:

1) Carte des profondeurs   

En mer, il est nécessaire d’avoir une carte. Pour la Fondation Octopus, la zone d’intérêt se trouve dans l’eau. Il nous était donc nécessaire de réaliser une carte détaillée des profondeurs pour connaître précisément notre environnement.

Nous avons donc utilisé notre voilier, équipé d’un petit sonar, pour scanner la zone du crash de l’avion et celle des débris. Au terme de longues heures d’allers et retours, nous avons pu générer cette carte des profondeurs (exprimées en mètres).

Bathymétrie réalisée grâce à notre voilier d'expédition. Les profondeurs sont en mètres © Octopus Foundation

D’après les informations fournies dans le journal de Harold, le pilote anglais, nous savons qu’il a réussi à éviter de justesse la petite pointe rocheuse située en bas à droite de la photo satellite. Il aurait réussi à amerrir juste après. L’avion aurait finalement coulé.

Grâce à diverses interviews de locaux grecs, nous savons aussi que l’avion aurait coulé mais aurait été retrouvé quelques années plus tard par un pêcheur qui aurait été contraint d’abandonner son filet. Dans un deuxième temps, les locaux auraient utilisé le filet pour tracter à la rame la carlingue de l’avion jusqu’à la côte, là où probablement se trouvent actuellement les débris. Dans un troisième temps, les locaux auraient dynamité plusieurs fois l’avion pour récupérer des morceaux d’aluminium et en faire, entre autres, des ustensiles de cuisine. Nous en avons eu la preuve, lorsque l’un des locaux nous a montré une vieille casserole faite avec des morceaux de l’avion.    

Cédric Georges nous a permis de rencontrer un couple de Grecs qui ont pu fabriquer des ustensiles de cuisine grâce à l'aluminium de l'avion © Octopus Foundation

Pour revenir à la zone probable du crash, il est probable que celle-ci se trouve dans la zone des profondeurs indiquées en jaune-orange sur la carte, soit environ 30-40 mètres de profondeur. Si l’avion avait coulé plus loin, dans la zone bleue (plus de 70 mètres de profondeur), il aurait été presque impossible pour les locaux de ramener à la rame la carlingue d’un Beaufighter pesant près de 10 tonnes.

2) Balisage de la zone des débris

Une fois la carte terminée, nous avons décidé de délimiter une zone de travail autour des débris de l’avion. Il était important de pouvoir délimiter cette zone sans être en aucune manière intrusif.

Nous avons fait le choix de commencer par délimiter une zone carrée de 20 mètres de côté. Attention, sous l’eau, les repères visuels ne sont pas les mêmes qu’en surface. Nous avons commis l’erreur qui consiste à se fier à sa vision. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Nous avons terminé avec un losange avec quatre faces de 20 mètres. Pour corriger cette erreur d’angles, il faut utiliser les diagonales, qui doivent être de même longueur et perpendiculaires.

Attention, pour baliser un paysage sous-marin carré, il est nécessaire d'utiliser les diagonales qui doivent être de même longueur et perpendiculaires © Octopus FoundationAfin de tester le balisage d’une zone plus complexe, nous avons entrepris de baliser le carré voisin, qui comprenait la pente rocheuse remontant vers la surface.

Nous avons ainsi terminé notre délimitation d’une zone globale de 20 mètres par 40 mètres, soit 800 mètres carrés. Pour faciliter le travail à venir de la prise de photos, nous avons disposé des bouées de surface correspondant aux coins de nos carrés sous-marins et des repères flottants intermédiaires sous-marins, tous les 5 mètres.

3) Acquisition photographique

Une fois le terrain balisé, en profondeur comme en surface, Philippe Henry, le photographe de l’équipe, a commencé un quadrillage systématique de la première zone. Il aura fallu environ 120 photos pour couvrir le premier carré en une vingtaine de minutes.

Nous avons ensuite procédé au balisage de la zone de travail © Octopus Foundation

Pour information, nous sommes équipés d’un Nikon D800 et d’un objectif Nikon 20mm. Le tout est enfermé dans un caisson étanche Ikelite.

Après le traitement des nombreuses informations et photos acquises sur le terrain, voici les résultats du projet pilote « Bristol Beaufighter »:

1) Modélisation 3D

Une fois l’acquisition photographique terminée, nous avons procédé au traitement informatique pour aboutir à notre première zone carrée, modélisée en trois dimensions.

Dans un deuxième temps, Philippe a réitéré l’opération photographique sous-marine pour couvrir la totalité de la zone. L’ordinateur a finalement généré la surface sous-marine en trois dimensions.

En cliquant sur le sigle au centre de la fenêtre, une fois le modèle chargé, vous pouvez faire tourner la zone en cliquant au centre et en déplaçant le curseur. Vous pouvez aussi zoomer et déplacer le modèle dans l’espace en maintenant la touche majuscule enfoncée.

De façon simple et gratuite, la Fondation Octopus prouve qu’il est possible d’immerger des gens sans aucune notion de plongée dans les profondeurs et de leur permettre de déambuler dans le fond de l’eau comme d’étudier des pièces très détaillées. Ici, un morceau d’aile de l’avion :

2) Orthophotoplan

Que ce soit pour le public ou des passionnés de plongée, ces modèles numériques sont des outils de visualisation efficaces. Mais sont-ils aussi utiles pour les scientifiques ? Rappelons que l’un des objectifs de la Fondation Octopus est de soutenir la recherche et l’exploration scientifique des océans.

L'orthophotoplan de la zone sous-marine © Octopus Foundation

Du modèle 3D numérique, élément simple de visualisation, le programme informatique permet d’extraire un outil qui, lui, est scientifique : l’orthophotoplan. Par une projection verticale de l’ensemble du relief sur un plan horizontal, cette carte d’une précision centimétrique respecte toutes les dimensions au sol. Alors que le temps de plongée est limité par l’air contenu dans une bouteille, il devient maintenant possible de « sortir » la zone de travail du fond de l’eau pour pourvoir l’étudier attentivement à terre.

3) Maquette imprimée

Finalement, pour compléter cette gamme d’outils, aussi utiles aux scientifiques qu’au grand public, nous avons décidé de fabriquer la maquette de notre étendue sous-marine, dans l’éventualité qu’un projet scientifique aboutisse sur une exposition dans un musée ou un lieu public. 

Pour avoir un maximum de détails, nous avons fait appel aux dernières avancées technologique dans le monde de l’impression numérique : l’impression 3D laser.

maquette color

Pour une maquette finale de 20 centimètres par 40 centimètres, il aura fallu près de 48 heures d’impression. Mais le résultat a largement dépassé nos espérances. A une échelle de 1/100, chaque petite pierre, chaque irrégularité dans la roche est remarquable. Même les sillons que forment le courant sur le sable sont bien visibles. 

La magie opère lorsque le peintre finalise la maquette en venant appliquer sa palette de couleurs. Pour ce premier essai, nous avons décidé de vous montrer les trois étapes possibles : en blanc, la matière brut. Au centre, le fond marin tel qu’il apparaîtrait sans l’eau de mer. Et finalement à gauche, la vision que peut avoir un plongeur dans le fond de l’eau.

Cette maquette permet d’imaginer pouvoir suivre les différentes phases d’évolution d’un site marin biologique, comme par exemple une zone de coraux qui auraient subi une hausse violente de la température. Ces petites maquettes permettraient aussi de montrer au public chacune des étapes d’une fouille archéologique sur une épave ancienne.

4) Fenêtre sur la mer

Quoi de mieux pour familiariser le monde avec le fond des océans que de montrer l’invisible ? C’est en voulant répondre à cette question que nous avons imaginé le concept de « la fenêtre sur la mer ».

Il nous a dès lors été possible d'intégrer notre zone sous-marine dans l'orthophotoplan réalisé avec notre drone © Octopus Foundation

En utilisant notre drone aérien, nous pouvons réaliser un plan photographique de la côte. Nous pouvons dès lors utiliser les bouées de surface de notre balisage pour venir incorporer l’orthophotoplan de notre zone sous-marine.

Observée depuis la terre, la mer peut prendre mille couleurs, du bleu au vert, du noir au blanc. Mais pour les hommes, elle reste toujours une vaste étendue mobile sans pouvoir observer ce qu’elle renferme ou ce qu’il s’y passe.

La Fondation Octopus veut multiplier les « fenêtres sur la mer », afin que le monde puisse admirer les merveilles des fonds marins et se familiariser avec un monde qui inspire encore aujourd’hui la peur de l’inconnu.     

 5) Clip de reconstitution

Pour compléter cet éventail d’outils scientifiques et de médias destinés à la vulgarisation, l’équipe de la Fondation Octopus a voulu tester les limites de ce qui était possible en utilisant les informations précises fournies dans le journal de Harold Yorke afin de reconstituer en vidéo la dernière minute de vol de l’avion avant son crash.

En utilisant notre drone, nous avons pu suivre le trajet du Beaufighter, du moment où il a été touché par les tirs allemands, son survol du port de Fiskardo, jusqu’au moment où il a été forcé d’amerrir en urgence dans la baie de Kimilia. Dans un deuxième temps, il nous a été possible d’animer un Beaufighter reconstitué en 3D et venir l’incruster dans les plans séquences réalisés en drone.

Comme d’autres outils précédemment décrits, une vidéo de reconstitution comme celle-ci peut venir enrichir une exposition, une conférence ou un documentaire. 

6) Bande dessinée

Parce que la Fondation Octopus a l’ambition de sensibiliser tous les âges sur les beautés de la mer à découvrir, nous souhaitons raconter les missions de chacun de nos projets en bandes dessinées. En plus des plongeurs, marins, journalistes, biologistes et historiens, l’équipe de la Fondation a la chance de compter dans ses rangs Antoine Bugeon, un jeune et talentueux dessinateur qui se trouve être aussi un marin confirmé.

Nous lui avons donc proposé de raconter les coulisses de la mission « Bristol Beaufighter », pour permettre au lecteur de comprendre l’épisode historique que Harold Yorke a vécu autour du port de Fiskardo. Avec sa sensibilité, Antoine finalise une incroyable bande dessinée d’une soixantaine de pages qui permettra d’intéresser aussi un plus jeune public.

Une double page de la bande dessinée racontant l'histoire du pilote anglais avec la mission de la Fondation Octopus © Octopus Foundation

Ne l’oublions pas, l’exploration marine ne fait que commencer. Tout ce qui est entrepris par le Fondation Octopus, la recherche scientifique qu’elle soutient et les découvertes qui seront révélées par notre équipe de journalistes/marins sont pour les générations à venir. Nous construisons ensemble et grâce à chacun de nos donateurs les fondations d’un grand projet tourné vers la connaissance universelle.

Grâce au carnet de notes de Harold Yorke, le pilote du Bristol Beaufighter, nous avons pu reconstituer les dernières secondes avant son crash au large de l’île de Céphalonie, en 1944.

Membres de l'équipe

Julien PFYFFER
Fondateur et président

Ariel FUCHS
Directeur opérations

Sébastien ROUSSEAU
Responsable navigation

Philippe HENRY
Responsable image

Antoine BUGEON
Dessinateur et marin

Fabien MADORE
Technologie

Christophe VIGNAUX
Plongeur et skipper

Margaux CHALAS
Marin et intendance

Charles VENAYRE
Architecte

Cédric GEORGES
Instructeur plongée

Jesus ABAD LOPEZ
Plongeur scientifique

Informer

Dans cette section, vous pouvez télécharger librement les photos et autres documents qui concernent la mission. Veuillez nous contacter si vous avez besoin d’une ou plusieurs images en haute définition.

IMPORTANT : Vous pouvez utiliser ces documents gratuitement dans le cadre d’une mission d’information ou d’éducation. En aucun cas ils ne peuvent être utiliser de façon commerciale. Veuillez s’il vous plait mentionner le crédit : © Octopus Foundation