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L’île de Lampedusa est un rocher aride de 20 km2 situé au milieu de la mer Méditerranée. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel rocher.

Remise à l'eau d'une tortue soignée au centre de Lampedusa © Philippe Henry / Octopus Foundation

Il se trouve que cette minuscule île est le morceau de territoire de l’Union européenne le plus proche de l’Afrique (à peine 100 km de la Tunisie). Ces dernières années, Lampedusa s’est fait connaître dans le monde entier pour être la destination privilégiée des boat people transportant au péril de leur vie des migrants désespérés par la situation de leur pays d’origine, Somalie, Soudan,  Érythrée principalement.

Mais Lampedusa est aussi le décors d’une toute autre histoire, bien moins médiatisée. Elle abrite l’un des plus importants centres de soins médicaux pour tortues marines de Méditerranée. A la tête de ce centre, une Franco-italienne, Daniela Freggi, qui a consacré les 20 dernières années de sa vie à l’assistance et à l’étude de ces animaux dont l’origine remonte à la préhistoire. Malgré cette ancienneté, nous ne savons aujourd’hui encore que très peu de choses sur elles.

Au fil des années, Daniela a réussi à nouer des liens avec les pêcheurs italiens locaux pour qu’ils lui ramènent les tortues malades ou blessées. En quelques années, ce sont des centaines de tortues atteignant jusqu’à 40 kg qui sont passées sur la table d’opération du centre. Avec un chirurgien vétérinaire italien, Daniela a mis au point des techniques chirurgicales avant-gardistes qui sont chaque année présentées dans les colloques spécialisés. Une fois les tortues remises de leurs soins, l’équipe du centre les remet en liberté en pleine mer. 

Le vétérinaire du centre intube la tortue le temps de l'opération étant donné qu'elle est anestésiée © Philippe Henry / Octopus Foundation

L’action du centre de tortues marines de Lampedusa peut être considérée comme insignifiante. Cependant, il faut savoir que les tortues marines sont les principales – si ce n’est les uniques- consommatrices de méduses en mer. Si un jour, elles venaient à disparaître définitivement, la mer ne serait plus accessible tellement celle-ci serait envahie par les méduses urticantes. Il est donc urgent d’en savoir plus sur ces animaux, afin de sensibiliser le public sur leur importance ainsi que les menaces qui pèsent sur elles. 

Soutien au centre

La Fondation Octopus a décidé de soutenir l’action du centre de soins pour tortues marines de Lampedusa en finançant l’achat de matériel médical permettant de mieux soigner ces animaux si particuliers ainsi que du matériel de positionnement satellite pour mieux comprendre leurs déplacements et leurs migrations saisonnières.   

La clinique de Lampedusa compte aussi un centre d'information pour les touristes © Philippe Henry / Octopus Foundation

Réalisation de Médias

En plus de ce soutien financier, la Fondation Octopus souhaite financer la réalisation de médias grand public pour mieux faire connaître l’état de nos connaissances sur ces animaux qui sont un élément clé de l’équilibre de la mer. Ces médias permettront aussi de mieux faire connaître le comportement, la biologie et les menaces qui pèsent sur les tortues marines, et les solutions existantes pour les protéger et les soigner.

Suivez l’expédition « Lampedusa – 2016 » grâce au journal OpenExplorer, uniquement disponible en anglais.

Méthode d’observation en drone de tortues marines

Dans le cadre du projet de soutien de la Fondation Octopus au centre médical de tortues marines de Lampedusa (et d’une étude plus générale sur les tortues marines de Méditerranée), nous avons été les témoins privilégiés d’un événement rarement observé en liberté : la reproduction de tortues marines Caretta Caretta. Nous souhaitons ici expliquer notre méthode expérimentale pour que les chercheurs puissent la reprendre et l’adapter à leurs besoins spécifiques.

© Antoine Bugeon / Octopus Foundation

SITUATION

En dehors des plaisanciers de passage qui transitent entre la mer Ionienne et la mer Egée, rares sont ceux qui connaissent l’existence du petit port de Messolonghi, en Grèce. Cette petite ville de province, située à l’entrée du golfe de Patras, a une singularité biologique : une étendue d’eau d’environ 3 km2 au bout d’un long canal abrite une bonne dizaine de tortues marines qui semblent y vivre paisiblement une bonne partie de l’année.

Le port de Messolonghi est divisé en trois zones : La marina, le petit port de pêche et une vaste étendue d’eau, où mouillent régulièrement des bateaux de passage. On pourrait croire que la ville de 13’000 habitants et l’activité le long des quais représentent une présence humaine trop importante pour que des tortues marines puissent vivre, manger et se reproduire. Ce n’est pourtant pas le cas à Messolonghi. Les reptiles marins semblent s’être adaptés parfaitement à cette situation.

Carte Tortues Messolonghi

OBSERVATION EN SURFACE

Il n’est pas facile d’observer des tortues marines depuis la surface, car ces animaux sont des champions d’apnée. Certaines tortues sont capables de plonger jusqu’à 30 ou 40 minutes d’affilée. L’explication est physiologique : leur sang a un taux d’hémoglobine sept fois supérieur à celui de l’homme (raison pour laquelle leur sang n’est pas rouge mais violet). Pour un observateur à terre comme en bateau, le seul moment où il est possible d’observer une tortue marine se limite donc à un laps de temps très court (quelques secondes), lorsqu’elle reprend sa respiration.

Une tortue Caretta Caretta reprenant sa respiration à la surface du port de Messolonghi © Philippe Henry / Octopus Foundation

En quelques jours, nous avons tenté de mettre au point une technique alternative de localisation des tortues, permettant de les approcher dans l’eau en les perturbant le moins possible pour pouvoir les observer. Nous vous livrons ici une première ébauche de cette méthode et les résultats qu’elle a pu produire (dans cette situation précise) en espérant qu’elle puisse servir à d’autres chercheurs.

METHODE

a) Les équipes

D’une façon générale, nous nous sommes répartis en deux équipes :

– La première, à terre, est constituée d’un pilote de drone et d’un observateur pour lui donner une direction générale.

– La seconde, en mer, est installée à bord d’un petit Zodiac. Elle compte un pilote pour manoeuvrer le bateau, un observateur équipé d’un retour vidéo du drone et un
plongeur (palmes, masque, tuba) avec son appareil photo étanche pour les prises de vue.

Les deux équipes utilisées pour notre expérience

Le dispositif que nous avons mis en place ne comptait que 5 personnes et s’est avéré payant pour une bonne coordination des opérations.

b) Dans les airs

Etant donnée la configuration des lieux et la zone d’observation (environ 3km2), nous avons décidé de tester la localisation des tortues marines en premier lieu depuis les airs, en utilisant notre drone.

Notre drone se trouve à 80 mètres d'altitude

Grâce à notre drone et à sa caméra, nous avons été capables de localiser aisément plusieurs tortues marines qui se trouvaient entre la surface et 3-4 mètres de profondeurs.

Malgré les parasites et une fine couche d’algues qui recouvrait plusieurs carapaces, il a été relativement aisé de les repérer dans l’eau qui, elle-même, était très opaque probablement à cause des algues qui doivent tapisser les fonds.

Ces observations ont toutes été réalisées par un temps couvert à dégagé, avec des vitesses de vent variant entre 0 et 20 noeuds. Le drone s’est montré stable au cours des opérations.

Notre drone se trouve à 40 mètres d'altitude

Pour ne pas trop déranger les tortues marines avec le bruit émis par les quatre moteurs du drone, nous avons toujours essayé de rester à une altitude comprise entre 20 et 80 mètres.

Une fois une tortue repérée dans l’eau par le pilote, le drone peut rester en vol en stationnaire et fournir ainsi un premier repère visuel (sans aucune communication radio) à l’équipe du Zodiac qui prend alors le relai pour la suite des opérations.

Guider par la position du drone, l'équipe du Zodiac s'approche de la tortue

c) Sur mer

Dans le Zodiac, l’observateur est équipé d’un écran avec récepteur vidéo qui lui permet de voir simultanément ce que voit la caméra du drone (la même image que le pilote du drone). Une fois les images émises dans les airs par l’émetteur vidéo du drone, n’importe qui possédant un récepteur et un écran peut visualiser ce que voit le drone.

Une fois que le drone a pris position au dessus d’une tortue, le pilote du Zodiac l’utilise comme repère et se rapproche rapidement au moteur.

Dès que le Zodiac entre dans le champ de vision de la caméra, le pilote coupe le moteur et s’approche doucement de la tortue ciblée à l’aide des rames.

Guidé par l'observateur à bord du Zodiac, le photographe s'approche à la nage de la tortue marine

d) Dans la mer

Arrivé à une vingtaine de mètres de la tortue, le plongeur équipé de son apprareil photo se met à l’eau. Il suit alors les indications de directions et de distances de l’observateur qui est à bord du Zodiac.

A ce moment-là, le drone reprend un peu d’altitude afin de limiter au maximum le bruit, de manière à assurer une meilleure communication orale entre l’observateur à bord du Zodiac et le plongeur qui se dirige en direction de la tortue.

RESULTAT

Cette méthode nous a permis d’approcher plusieurs tortues qui ont réagi différemment à l’approche silencieuse du plongeur ainsi qu’à sa présence. Certaines sont restées en position initiale, d’autres se sont éloignées lentement à même profondeur, d’autres encore ont décidé de plonger. Dans tous les cas, nous n’avons jamais cherché à les poursuivre ou entraver leur nage. De la même manière, chacune de nos opérations d’observation au-dessus du port de Messolonghi n’a jamais dépassé une heure par demi-journée.

Olympus – Le profil de plongée d’une tortue sauvage

Sophie est une tortue marine qui a été soignée au centre vétérinaire Lampedusa Turtle Rescue en 2016. Lorsque son état de santé s’est amélioré, elle a pu rejoindre son environnement naturel. Mais avant de lui laisser prendre le large, nous lui avons attaché une caméra Olympus (Tough TG tracker 4K) sur la carapace. Les images nous donnent un point de vue unique. Mais le véritable intérêt de l’expérience a été de collecter son profil de plongée, grâce au baromètre de la caméra qui enregistre la profondeur à chaque prise de photo.

Voici la vidéo « time-lapse » des premiers instants de liberté:

Et ci-dessous sont les informations collectées grâce aux nombreux capteurs de la caméra Olympus. Sur la gauche, le tracé de Sophie au moyen de la puce GPS. Au milieu se trouve le cycle de plongée, avec les prises d’air à la surface et les descentes en apnée. Finalement, sur la droite de l’image se trouve toute une série d’informations comme la température, la vitesse moyenne etc:

Argos – Le suivi longue durée d’une tortue

The Argos beacon is firmly glued to Homerous' back © Philippe Henry / Octopus FoundationEn 2016, la Fondation Octopus a financé l’acquisition d’une balise GPS qui a été solidement collée à la carapace d’ Homerous. L’émetteur transmet plusieurs marques par jour lorsque la tortue remonte à la surface pour respirer. Nous continuerons de recevoir ces positionnements GPS jusqu’à ce que la batterie se vide. Selon les réglages, cela peut durer d’une à deux années.

Afin de pouvoir suivre les déplacements de la plus célèbre des tortues italiennes, la Fondation a également financé le développement d’une carte intéractive qui se met à jour automatiquement:

 

Membres de l'équipe

Julien PFYFFER
Fondateur et président

Philippe HENRY
Responsable image

Sébastien ROUSSEAU
Responsable navigation

Antoine BUGEON
Dessinateur et marin

Andy Guinand
Reporter - Pilote de drones

Dans cette section, vous pouvez télécharger librement les photos et autres documents qui concernent la mission. Veuillez nous contacter si vous avez besoin d’une ou plusieurs images en haute définition.

IMPORTANT : Vous pouvez utiliser ces documents gratuitement dans le cadre d’une mission d’information ou d’éducation. En aucun cas ils ne peuvent être utiliser de façon commerciale. Veuillez s’il vous plait mentionner le crédit : © Octopus Foundation