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Importante cité de la Grèce antique, Érétrie existe depuis l’Âge du bronze (3000 – 1100 avant J.-C.). Ses habitants furent parmi les premiers à explorer dès le 8ème siècle avant J.-C. le bassin méditerranéen, où ils fondèrent des colonies et établissements commerciaux. Trait d’union entre l’Orient et l’Occident, la contribution d’Érétrie s’est avérée essentielle dans la diffusion de l’alphabet sémitique et des mythes orientaux en Occident.

Vases retrouvés dans les fouilles terrestres de la cité d'Erétrie, au musée d'archéologie @ Octopus Foundation

Puissance coloniale et commerciale, Érétrie prit part aux nombreux conflits qui secouèrent la Grèce: pillés par les Perses en 490 avant J.-C., la cité connut une période florissante aux 4e et 3e siècles avant J.-C., durant lesquels de luxueuses habitations furent construites.

Au fil de l’histoire ancienne, les Erétriens ont démontré à maintes reprises être des marins expérimentés puisque des colonies de la cité sont apparues dès le 8e siècle à la frontière entre la Turquie et la Syrie (colonie d’Al Mina), en Sicile (Zancles) et jusque dans la baie de Naples (Pithécusses sur l’île d’Ischia).

La cité antique d'Erétrie et ses différentes colonies du Moyen Orient à la baie de Naples en Italie © ESAGPrises par les Romains en 198 avant J.-C., l’influence d’Érétrie décline lentement jusqu’à la fin du 6e siècle de notre ère, où le site semble être abandonné.

Visitée par quelques voyageurs et antiquaires durant l’époque médiévale et moderne, la ville fut restaurée au 19ème siècle par le nouvel État grec pour accueillir des réfugiés grecs expulsés par les Ottomans de l’île de Psara.

L’exploration des vestiges antiques d’Érétrie, débutée il y a plus d’un siècle (1964 pour les Suisses), est toujours en cours, principalement grâce aux archéologues grecs et suisses.

La ville et le port d'Erétrie en 2025. Pour des raisons qui restent encore à comprendre, la digue moderne du port s'est appuyée partiellement sur la digue antique que l'on voit clairement grâce à la transparence de l'eau © Octopus Foundation

Depuis les premières fouilles archéologiques conduites au 19e siècle, aucune recherche systématique n’avait été consacrée au port de la ville antique.

L’absence de donnée sur le port de l’ancienne cité, résolument tournée vers la navigation et le commerce dès ses origines, fait cruellement défaut. Face aux dangers liés au développement de la ville moderne, et tout particulièrement à un projet de nouvelle marina, une étude globale s’imposait.

Pour la première fois dans l’histoire des fouilles d’Erétrie, depuis que les archéologues grecs et suisses ont commencé à fouiller la cité en 1964, l’ESAG a obtenu du Ministère de la Culture grec un permis de trois ans pour évaluer les vestiges situés dans l’eau, entre la zone intérieure du port et autour du môle qui s’étend du Nord vers le Sud sur la partie ouest du port. Ce permis donne l’autorisation pour trois ans (2024 – 2026) à une équipe d’archéologues et de plongeurs techniciens pour évaluer le potentiel archéologique subaquatique de la cité antique.

L'équipe des fouilles de septembre 2025, incluant l'ESAG, l'Ephorie subaquatique, la Fondation Octopus et les étudiants © Octopus Foundation

Lors de la première campagne en 2024, l’objectif était de visualiser, documenter et positionner les structures visibles situées en bord de plage ainsi que dans la mer.

Pour ce faire, l’équipe de la Fondation Octopus, sous la direction de Sylvian Fachard (directeur de l’ESAG), Fabien Langenegger (archéologue) et Despoina Koutsoumba (Ephorie subaquatique grecque), va mettre en place toute la logistique de plongée, planifier les équipes et rotations des plongeurs sur les sites sélectionnés et réaliser une série de documents techniques (bathymétries, photogrammétries, etc.) qui permettront de planifier les futures fouilles écoles dans les années à venir.

Campagne 2026

Depuis 2024, les infrastructures portuaires de l’ancienne Érétrie font l’objet d’un programme de recherches systématiques, fruit d’une collaboration entre l’ESAG, l’Éphorie des Antiquités sous-marines et la Fondation Octopus.

Les campagnes 2024 et 2025 de nettoyage et de relevés ont permis de replacer sur le plan général de la ville antique des vestiges connus de longue date pour certains, mais qui n’avaient encore jamais été étudiés de manière détaillée. Il reste désormais à préciser la chronologie et la fonction de ces aménagements. Des sondages ponctuels prévus en septembre 2026 devraient contribuer à lever certaines inconnues, à commencer par le lien entre les murs de fortification de la cité et son port.

Modèle théorique d'une ancienne cité grecque, incluant ici comme à Erétrie une acropole, un mur de fortification et un port © DR

Campagne 2025

En 2025, la mission de terrain qui a eu lieu entre le 31 août et le 15 septembre a réuni une équipe de deux plongeurs de l’Ephorie subaquatique grecque, deux archéologues de l’ESAG, sept membres de la Fondation Octopus (dont cinq plongeurs) et cinq étudiants d’universités grecques et suisses.

L’objectif principal de cette mission était de poursuivre le dégagement des structures partiellement dégagées en 2024 et de les positionner précisément sur le plan archéologique de la cité. Pour ce faire, trois zones ont été désignées pour mener ces premières investigations : La zone « commerciale » à proximité immédiate de la tour Sud-Ouest de la fortification de la ville (Zone 1), le môle Ouest du port aujourd’hui immergé et partiellement recouvert par le môle moderne du port (Zone 2), et les restes possibles du môle Est, pas encore retrouvé (Zone 3).

Plan sud de la ville antique d'Erétrie, incluant les structures relevées dans l'eau en 2024 et 2025 © ESAG, Ephorie subaquatique, Octopus Foundation

Le second objectif de la mission de septembre 2025 était d’évaluer la formation d’étudiants en archéologie dans le cadre de ce projet. La difficulté est de pouvoir encadrer des étudiants en archéologie qui doivent aussi avoir au moins un premier niveau de plongée (type PADI Open Water ou CMAS 1*). Lors de la mission de septembre 2025, cinq étudiants ont participé au projet, dont une étudiante grecque de l’Université de Thessalonique, un étudiant de l’Université de Neuchâtel, et trois étudiants de l’Université de Lausanne. Finalement, la totalité du matériel de plongée, deux bateaux, ainsi qu’un compresseur (prêté par la société grecque Paramina) ont été acheminés par l’équipe de la Fondation Octopus.

Un plongeur de la Fondation Octopus en train de dégager la base d'un des môles sous-marins du port antique © Octopus Foundation

Campagne 2024

En 2024, l’équipe d’archéologues et de plongeurs a commencé à nettoyer les structures affleurantes immergées situées au Nord-Ouest du port, devant la plage, en dégageant des blocs de pierre massifs formant des structures de types « murs » et « plateformes » qui pourraient avoir été des quais pour les navires de commerce de l’antiquité. En prenant en compte la montée du niveau de la mer d’environ 2 mètres depuis 2000 ans, il est très probable que les structures visibles actuellement à environ 2 mètres de profondeur étaient hors de l’eau, ou proches du rivage.

Photogrammétrie sous marine

En utilisant divers appareils photos subaquatiques, les plongeurs prennent une série de photos à intervalle régulier sur toute la zone d’intérêt.Ces images sont ensuite traitées dans un logiciel spécial afin de reconstituer numériquement la zone avec une grande précision.

Un des plongeurs de la Fondation Octopus en train de faire une acquisition photogrammétrique autour des restes d'un vase ancien, le long d'un des môles sous-marins © Octopus FoundationC’est un outil important dans le domaine de l’archéologie subaquatique. En effet, les spécialistes ont un temps limité de une ou deux heures pour étudier des éléments immergés.

La photogrammétrie permet d’étudier une zone et de parfois repérer des objets qui n’avaient pas été relevés à l’œil nu, que ce soit pour des raisons de luminosité, turbidité entre autre.

Photogrammétrie aérienne

Image aérienne d'une des zones de recherche dans le port d'Erétrie. Ces photos prises en drone permettent de réaliser une photogrammétrie en utilisant la transparence de l'eau © Octopus FoundationGrâce à la flotte de quadcoptères équipés de capteurs photographiques, il est possible de couvrir une grande zone et de prendre de la hauteur pour obtenir une perspective différente et enrichissante.

Avec l’avantage de la transparence de l’eau, les éléments archéologiques de faible profondeur peuvent être étudiés et replacés dans un contexte global d’architecture ancienne.

Là aussi, une photogrammétrie obtenue à partir d’une série de photographies est un outil scientifique d’intérêt majeur.

Bateau programmable, bathymétrie et sonar

L’utilisation d’un bateau programmable permet, dans certaines conditions, de faire une acquisition bathymétrique et sonar en couvrant une grande zone. Le bateau est équipé de batterie à forte capacité lui permettant de naviguer silencieusement durant plusieurs heures.

Le Blueboat de la Fondation Octopus permet de mener des acquisitions bathymétriques de grandes zones, afin d'obtenir des documents de travail de haute précision © Octopus FoundationCe modèle a été développé en 2023 par l’entreprise américaine Blue Robotics, avec qui nous collaborons depuis de nombreuses années.

Il est équipé d’une sonde située à 25 cm sous la surface, et d’un sondeur Lowrance qui enregistre les données sur une carte microSD.

2025

La mission de terrain de septembre 2025 a permis de poursuivre le dégagement du sable des structures type « murs » et « plateformes » initié en 2024. Dans la Zone 1, proche de la dernière tour Sud-Ouest du mur de fortification, l’équipe a nettoyé de nombreux blocs de pierre qui pourraient avoir servi de plateforme portuaire pour le chargement et le déchargement de marchandises. Cette structure est attenante à un môle d’environ 150 mètres de long (M11 sur le plan), parallèle à la plage. Durant la mission, l’hypothèse selon laquelle ce môle pourrait avoir protégé une petite zone portuaire calme où les bateaux à faible tirant d’eau embarquaient et débarquaient des marchandises a été émise. L’équipe a donc mené des sondages dans le sable avec une fine barre métallique de trois mètres de long jusqu’à atteindre une surface dure pour mesurer l’épaisseur de sable qui pourrait s’être accumulé entre la plage et le môle. Plusieurs profils ont été mesurés et enregistrés. Après analyse, le sable pourrait avoir comblé une petite aire portuaire ancienne protégée par le môle.

Prise de mesures de profondeurs dans le sédiment meuble pour essayer de comprendre si la zone ensablée aujourd'hui aurait pu être plus profonde et servir de petite zone de chargement/déchargement pour des bateaux de faibles tirants d'eau à l'époque antique © Octopus Foundation

Dans la Zone 2, l’équipe a mené des nettoyages sur la partie la plus au Sud du grand môle ancien (M13), pour tenter de comprendre si une tour avait pu être construite. Des modèles 3D sous-marins ont aussi été réalisés pour étudier le profil de la structure, le type de pierres utilisées et la méthode de construction de ce môle de près de 600 mètres de long.

Dans la Zone 3 finalement, l’équipe a prospecté en drone et en plongée pour tenter de retrouver des vestiges du môle Est du port, qui devait s’appuyer sur l’île de Pezonisi. Nous avons finalement retrouvé la pointe la plus Sud de ce môle (M16), incurvé vers l’intérieur du port comme son pendant Ouest (M13). Après analyse, non seulement ce môle Est est construit comme le môle Ouest sur la surface dure d’un ancien beach rock (plage fossilisée), mais il a aussi été construit avec le même type de pierres (typologie similaire).

Au terme de recherches aériennes et sous-marines, l'équipe a pu retrouver la pointe du môle Est du port de l'ancienne cité, que l'on distingue grâce à la transparence de l'eau © Octopus Foundation

Réussites et difficultés

La mission 2025 est une réussite dans la mesure où l’équipe agrandie (Ephorie subaquatique, ESAG, Fondation Octopus et étudiants, soit 18 personnes) a réussi à s’organiser efficacement pour réaliser deux plongées quotidiennes sur trois sites différents, ainsi qu’enseigner plusieurs modules subaquatiques pour les étudiants grecs et suisses (fouilles subaquatiques, photographie sous-marine, photogrammétrie subaquatique).

Du point de vue archéologique, la mission 2025 a permis de mieux comprendre comment était structuré l’ancien port d’Erétrie, en positionnant précisément les deux grands môles Ouest et Est, protégeant une zone de mouillage de près de 65 hectares pour la flotte commerciale et militaire de l’ancienne cité. En poursuivant les recherches, nous avons aussi réussi à mieux comprendre la zone proche de la dernière tour du mur d’enceinte de la ville, qui pourrait avoir été une aire protégée pour les bateaux de commerce.

Dans la partie proche de la dernière tour du mur d'enceinte (au centre de la photo sous les arbres, plusieurs murs pourraient avoir servi de plateforme de chargement/déchargement aux bateaux à faibles tirants d'eau. Hypothèse à confirmer © Octopus Foundation

Du point de vue des difficultés rencontrées, la proximité de cette zone « commerciale » de l’ancien port avec le quai moderne des ferries, assurant la liaison avec le port d’Oropos sur le continent, nous a fait réalisé que d’importants travaux avaient eu lieu au cours du 20e siècle. Il sera peut-être compliqué d’y retrouver des vestiges anciens. De plus, l’accès à cette zone en plongée est rendu complexe par la présence durant la journée des ferries qui accostent toutes les 30 minutes pendant le mois de septembre.

Relevé bathymétrique 2025

Plan bathymétrique, incluant les structures relevées en 2024 et 2025 © ESAG, Ephorie subaquatique et Octopus Foundation

Cartes des vestiges 2025

Après analyse des relevés par profils, l'hypothèse de travail est qu'il pourrait y avoir eu une petite zone protégée de chargement/déchargement pour les bateaux à faibles tirants d'eau. Zone qui aurait pu être protégée par le môle M11 © ESAG, Ephorie subaquatique et Octopus Foundation

Profil des sondes dans le sable meuble, entre la plage et le môle M11 © ESAG, Ephorie subaquatique et Octopus Foundation

Photogrammétrie sous-marine 2025

Photogrammétrie d'un tronçon du grand môle Ouest du port d'Erétrie © Octopus Foundation

Photogrammétrie d'un tronçon du grand môle Ouest du port d'Erétrie © Octopus Foundation

Pour plus d’informations, retrouvez le rapport annuel 2025 de l’École Suisse d’Archéologie en Grèce (ESAG)

Relevé bathymétrique 2024

L’un des objectifs principaux de la campagne 2024 était de réaliser un modèle bathymétrique du port. Grâce à l’utilisation d’un sonar monté sur une embarcation télécommandée, la configuration des fonds marins a pu être cartographiée. Ce travail est essentiel pour comprendre les structures antiques, car au premier millénaire avant notre ère, le niveau de la mer se situait à environ 2 m en dessous du niveau actuel. Par conséquent, les structures aujourd’hui submergées jusqu’à cette profondeur étaient autrefois bâties sur la terre ferme. L’étude du relief sous-marin permet également de replacer les voies navigables et d’identifier des espaces susceptibles d’accueillir des aménagements portuaires.

Bathymétrie partielle du port d'Erétrie, réalisée grâce au Blueboat © Octopus Foundation

Pour plus d’informations, retrouvez le rapport annuel 2024 de l’École Suisse d’Archéologie en Grèce (ESAG)

Membres de l'équipe

Julien PFYFFER
Fondateur et président

Fabien Langenegger
Archéologue

Philippe HENRY
Responsable image

Cédric GEORGES
Instructeur plongée

Sébastien ROUSSEAU
Responsable navigation

Andy GUINAND
Responsable robotique

Margaux CHALAS
Marin et intendance